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samedi 2 juillet 2016

"The lunatic, the lover, and the poet, are of imagination all compact." Oui , le grand Shakespeare  a bien cerné le propos quatre siècles plus tôt . Le point commun entre le le fou , le poète et l'amoureux , c'est bien l'imagination . Dans les trois cas , on fuit la forteresse sinistre de la réalité pour se retrancher dans un palais fait de gloire et d'illusions . Mais alors qu'on peut être fou et poète sans être touché par la flèche de Cupidon , l'amoureux transi , quant à lui , peut  à lui seul , parvenir à subsumer folie et poésie . Ne dit-on pas que l'on est fou d'amour ? N'écrit-on pas des déclarations insensées à celui ou celle que l'on "choisit "d'aimer ?

 Le paradoxe , c'est que moins on est aimé en retour , plus l'on enfourche Pégase et l'on développe sa créativité . Les sonnets de Petrarque en sont une éloquente illustration . La bien-aimée , figure féminine idéalisée , fait couler les larmes et aussi beaucoup d'encre de son soupirant auquel elle témoigne un  dédain souverain . Plus elle le repousse , plus il s'évertue à la séduire par ses quatrains . C'est sans doute là que réside la folie . Car n'est ce pas déraisonner que de persister à vouloir allumer la flamme en ne disposant que du verbe comme combustible ?

Mieux vaut être fou et nier la réalité que d'être amoureux et l'embellir , et ainsi se bercer d'illusions. Car si , par bonheur, l'amour offert  est partagé  , il finit par  se consumer et être réduit en cendres , tant l'imagination ardente qui l'a façonné en le parant de mille qualités nous a trompés. Quant à l'amour malheureux, c'est pourtant celui qui nous procure le plaisir esthétique le plus fastueux , enjambant les siècles de sa mélancolie majestueuse . Car , en  enfantant dans la douleur des œuvres à la gloire de l'Absent(e), ce sont les monuments  poétiques les plus émotionnellement vertigineux qu'il nous donne à contempler , comme un avant-goût d'éternité .

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