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samedi 1 novembre 2014


Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger, disait Socrate. Si ce précepte a le mérite d'être clair, il reste cependant obscur quant à ce que le terme "manger" peut signifier. Or il faut bien avouer que l'on ne sait plus à quel saint se vouer tellement les bibles alimentaires pullulent et pulvérisent nos certitudes.  Depuis une bonne décennie, nous assistons à d'incessantes querelles de clocher entre apôtres végétariens et intégristes végétaliens d'un côté, carnivores et piscivores de l'autre .

Heureusement que les deux camps, à couteaux tirés, ont finalement trouvé un terrain d'entente : quoi que l'on mange, il faut que ce soit " bio". De l'œuf au poulet, en passant  par le lait et le veau, la pomme et le poireau , on bannit à tout prix  le mot "batterie" des  discours. C'est que dans notre imaginaire collectif, l'on se berce de la douce illusion de croire que les produits de Dame Nature, qui se disputent la vedette sur les étals des marchés, ont été récoltés à la ferme des Contes du Chat Perché.

Sous la plume de Marcel Aymé, les bipèdes et quadrupèdes à poils ou à plumes nous font certes saliver. Le cochon , par exemple ! Tellement gras qu'il en devient beau, aux dires des parents des deux petites. Jusqu'à ce que, sur les conseils du paon, un régime d'ascète ne vienne entamer les kilos non superflus du dodu porcin, dont l 'unique visée est de ressembler au volatile prisé pour sa huppe et sa queue ocellée.

Un pépin de pomme reinette et une gorgée d'eau fraiche n'ont jamais rassasié quiconque.  Et pourtant,  indestructible est le noyau d'irréductibles qui croient dur comme fer que l'ingestion exclusive de graines est garante de longévité . Quinoa, azuki, kamut, boulgour, ces céréales à la consonance exotique sont devenues, dans les prêches des gourous culinaires, les sésames du pays de la jeunesse éternelle. C'est tellement plus dépaysant que de consommer du blé ou du riz, fût-il complet.

Mais c'est surtout la vénération du chiffre 5 qui, depuis quelques années, me laisse bouche bée. Il était sans doute blasphématoire d'emprunter le chiffre 3, réservé à la Sainte Trinité, ou le chiffre 7, dénombrant les jours de la semaine nécessités pour la création du monde sublunaire.  Quelle autre raison, sinon, pour justifier le choix de ce numéral accolé aux fruits et légumes que nous sommes censés ingérer pour être en bonne santé ?

Il m'horripile, le chiffre 5! Car dans mon inconscient, il crée des nœuds qui, dès le lever, m'empoisonnent toute la journée. J'ai dû même "consulter " dans l'espoir de gagner quelques doses de sérénité. Devant ma perplexité, la nutritionniste m'a conseillé de commencer par absorber, au petit-déjeuner, un jus de citron et un verre de pamplemousse pressé . Et déjà de deux ! Pour les trois autres , me déclara -t-elle,  rien ne sert de névroser. Laissez-vous  guider par les menus proposés dans les bistrots inscrits au "comité du bien manger ".

Et moi qui voulais être rassurée! Il me faut maintenant parcourir tout Paris pour que mon estomac soit proprement garni. Parlons-en de mon estomac! Il en est à son troisième ulcère, tant il macère dans la hantise de ne pas trouver repas bio à mon gosier. Alors, pour éviter de le malmener  et prévenir les crises d'anxiété, je vais dare-dare chez mon chocolatier faire provision d'orangettes, de gingembrettes et de bananettes. Comme ça, d'une pierre, deux coups! Le cacao, c'est un antiblues réputé , alors s'il fait bon ménage avec 3 fruits d'un coup,  à moi la vie en rose, et au diable les kilos !


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