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jeudi 19 décembre 2013

Pour Athénaïs, quand elle sera en âge de comprendre...

Paris , à l'approche de Noël , me fait immanquablement penser à la forteresse de Dunsinane dans la tragédie de Macbeth .  Elle devient le lieu où la prophétie des "trois soeurs fatales " prend racine . N'avaient-elles pas  prédit au sanglant usurpateur  qu'il ne serait pas vaincu tant que la forêt de Birnam ne se mettrait pas en marche en direction de Dunsinane? Or, force est de constater que la capitale est en état de siège quand les légions de  sapins, destinés à boiser nos logis , colonisent les trottoirs. Ce sont des régiments entiers qui font le déplacement pour nous permettre de célébrer dignement la venue du Messie. Ils se tiennent sagement au garde-à-vous sur le bitume , avec, pour toute armure, leur parure d'aiguilles.

Or, ces rangées de guerriers immobiles ne sont en fait qu'un avatar des tribus d'Indiens d'Amérique parqués dans une réserve , déracinés,  et pleurant des larmes de résine sur leur sort. Pire encore , ils ne sont pas sans évoquer des esclaves sur un marché, que des acheteurs viennent  jauger du regard et soupeser avant de les saisir sans égard , et de les  conduire en leur ultime demeure . Conifères majestueux  , ils verront leurs bras se charger  de décorations de pacotille , comme ces verroteries utilisées dans le commerce triangulaire en guise de monnaie d'échange . Puis, quand  leur heure  sonnera ,  ils seront expulsés sans ménagement des salons où ils trônaient , et finiront leur vie sur un trottoir , gisant épars au milieu des sacs de déchets , un beau matin de Janvier.

 Les résineux ne sont pas les seuls à coloniser les rues de Paris . Des villages entiers de chalets de fortune, alignés géométriquement comme ces pavillons de banlieues américaines , proposent aux passants des produits régionaux ou de la bimbeloterie artisanale . Les Champs-Elysées sont réquisitionnés en cette occasion. Du Rond Point à la Place de la Concorde , la plus belle avenue du monde égrène un chapelet de constructions de bois éphémères qui proposent tout et n'importe quoi . Fort heureusement  , seuls les touristes  s'y laissent prendre . Les Parisiens de souche préfèrent se laisser gagner par la fièvre acheteuse dans les temples dédiés au Dieu Mammon , implantés Boulevard Haussmann .

Moi-même, je ne peux résister à la tentation de flâner devant les vitrines de ces Grands Magasins. C'est que chacune d'entre elles nous convie à un spectacle tout droit sorti des fables et nous fait replonger dans le monde onirique de l'enfance . Dans des décors féeriques , l'on y voit évoluer gracieusement des poupées et des peluches sur des musiques de ballets . Les charmants jouets prennent vie comme par enchantement , et l'on est soudain  prêt à suspendre notre jugement et à croire que , oui , ces objets inanimés ont bien une âme , et qu' il ne tient qu'à nous de guetter les signes imperceptibles qu'ils nous adressent dans le monde immanent.

Mais le réel reprend malheureusement ses droits , aussitôt que nos yeux se posent sur le savant mécanisme de poulies actionnant des fils invisibles . La magie est rompu . Adieu licornes et chimères , elfes des bois et fées ! De même, le vieil homme jovial à la barbe blanche et à l'habit rouge n'a jamais existé que dans les contes . C'est un imposteur qui endosse son rôle dans les paysages verglacés de la Laponie. Et cependant,  les centaines de clones qui usurpent son identité dans les villes du monde ne sont jamais punis .  C'est que le plus grand mensonge de l'humanité doit perdurer pour que l'imaginaire des bataillons d'enfants en marche vers l'avenir puisse se déployer . Alors pour qu'ils puissent dire un jour " I have a dream" , laissons-les rêver au Père Noël s'élançant dans son traineau vers les étoiles pour leur apporter le bien le plus précieux qui soit, mais aussi le plus fragile : la joie de vivre.

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