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mardi 17 septembre 2013

Qu’on se rende au domaine de de Marly-le-Roi, et le premier sentiment qui nous étreint est la déception . Une majestueuse allée , bordée de sentinelles végétales, nous conduit avec pompe à un écrin de verdure. Mais cet écrin, il est désespérément vide. Seul un tracé approximatif suggère l’emplacement d’un château aujourd’hui disparu.

Jadis se dressait la vaste demeure royale, agrémentée de marbres et de dorures, où des laquais en livrée prévenaient le moindre des désirs royaux.On raconte que le Roi-Soleil affectionnait tout particulièrement de nourrir les carpes d’un bassin. Etrange prédilection , certes, mais, comme chacun sait, les carpes sont muettes et se contentent de faire des bonds . Subtile invitation au silence que Louis XIV adressait aux courtisans trop volubiles…A la place du bassin aux carpes, s’étale une cavité béante, parcourue d’herbes folles, où des chiens en liberté conditionnelle aiment à folâtrer.

Un autre tracé témoigne de l’emplacement des pavillons des invités royaux : Louis-le Grand choisissait avec soin les rares hôtes qui auraient le privilège de l’accompagner à Marly. Car plus qu’une résidence secondaire, Marly se voulait l’anti-Versailles, jardin secret d’un roi redevenu simple mortel. C’est ici que le monarque se dépouillait de sa grandeur , s’étourdissait au son des cascades de Le Nôtre , s’abîmait dans la contemplation des chevaux de pierre se cabrant sous la main de l’homme. Les cascades ont , elles aussi, déserté les lieux. On a du mal à concevoir que cette succession de talus herbeux avait pour vocation de recevoir l’eau vive.

Plus rien ne subsiste des splendeurs passées , comme si , par pudeur, l’histoire avait voulu effacer la part d’humain du fils de Louis XIII , pour ne retenir que la magnificence du grand monarque et de son Versailles. Le Roi-Soleil ne pouvait avoir sa part d’ombre, semble nous dire la postérité. Qu’en serait t’il si le bassin aux carpes existait toujours ? Aurait-on fait tomber le roi de son piédestal, lui qui traverse les siècles auréolé de gloire ? Saint-François charmait bien les oiseaux , et Orphée les bêtes sauvages . Pourquoi donc refuser au grand Louis le plaisir de commercer avec le monde aquatique ? 

A Marly, les pierres ne parlent pas. Point n’est besoin de s’extasier devant les œuvres d’artistes de renom. Mais, une fois surmontée la déception de ne pas succomber au sublime, alors nous vient imperceptiblement un sentiment nouveau. Le bonheur simple d’être si proche et si lointain d’un grand souverain , que l’on a du plaisir à imaginer au pied d’un bassin, l’œil pétillant, et riant aux éclats aux bonds de carpe de l’humanité.




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